Le Léthé

 

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CHARLES BAUDELAIRE

 

 

Je ne ferai pas ici de biographie, ni de bibliographie. D’autres sites l’ayant fait avant moi, j’ai choisi de vous laisser quelques liens vers certains particulièrement intéressants. Pour l’œuvre, je me suis contentée de reporter quelques poèmes extraits des « Fleurs du mal ». Quelques commentaires en revanche pourront s’y ajouter par la suite. - Léthée

 

 

RéversibilitéL’irréparable

L’irrémédiableLe Léthé

Chanson d’après-midi

Les liens

 

     REVERSIBILITE ñ

 

ANGE plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,

La honte, les remorts, les sanglots, les ennuis,

Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits

Qui compriment le cœur comme un papier qu’on froisse ?

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse ?

 

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,

Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,

Quand la Vengeance bat son infernal rappel,

Et de nos facultés se fait le capitaine ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

 

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,

Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,

Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,

Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

 

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,

Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment

De lire la secrète horreur du dévouement

Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

 

Ange plein de bonheur, de joie et de lumière,

David mourant aurait demandé la santé

Aux émanations de ton corps enchanté ;

Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

 

L’IRREMEDIABLE ñ

 

Une Idée, une Forme, un Etre

Parti de l’azur et tombé

Dans un Styx bourbeux et plombé

Où nul œil du Ciel ne pénètre ;

 

Un Ange, imprudent voyageur

Qu’a tenté l’amour du difforme,

Au fond d’un cauchemar énorme

Se débattant comme un nageur,

 

Et luttant, angoisses funèbres !

Contre un gigantesque remous

Qui va chantant comme les fous

Et pirouettant dans les ténèbres ;

 

Un malheureux ensorcelé

Dans ses tâtonnements futiles,

Pour fuir d’un lieu plein de reptiles,

Cherchant la lumière et la clé ;

 

Un damné descendant sans lampe,

Au bord d’un gouffre dont l’odeur

Trahit l’humide profondeur,

D’éternels escaliers sans rampe,

 

Où veillent des monstres visqueux

Dont les larges yeux de phosphore

Font une nuit plus noire encore

Et ne rendent visibles qu’eux ;

 

Un navire pris dans le pôle,

Comme en un piège de cristal,

Cherchant par quel détroit fatal

Il est tombé dans cette geôle ;

 

-Emblèmes nets, tableau parfait

D’une fortune irrémédiable.

Qui donne à penser que le Diable

Fait toujours bien tout ce qu’il fait !

 

II

 

Tête-à-tête sombre et limpide

Qu’un cœur devenu son miroir !

Puits de Vérité, clair et noir,

Où tremble une étoile livide,

 

Un phare ironique, infernal,

Flambeau des grâces sataniques,

Soulagement et gloires uniques,

-La consience dans le Mal !

      

                                

L’IRREPARABLE ñ

 

POUVONS-NOUS étouffer le vieux, le long Remords,

Qui vit, s’agite et se tortille,

Et se nourrit de nous comme le ver des morts,

Comme du chêne la chenille ?

Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

 

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,

Noierons-nous ce vieil ennemi,

Destructeur et gourmand comme la courtisane,

Patient comme la fourmi ?

Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

 

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet esprit comblé d’angoisse

Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,

Que le sabot du cheval froisse,

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

 

A cet agonisant que le loup déjà flaire

Et que surveille le corbeau,

A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère

D’avoir sa croix et son tombeau ;

Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

 

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

Peut-on déchirer des ténèbres

Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,

Sans astres, sans éclairs funèbres ?

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

 

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge

Est soufflée, est morte à jamais !

Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge

Les martyrs d’un chemin mauvais !

Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

 

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

Dis, connais-tu l’irrémissible ?

Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,

A qui notre cœur sert de cible ?

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

 

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite

Notre âme, piteux monument,

Et souvent il attaque, ainsi que le termite,

Par la base le bâtiment.

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

 

-J’ai vu parfois, au fond d’un théatre banal

Qu’enflammait l’orchestre sonore,

Une fée allumer dans un ciel infernal

Une miraculeuse aurore ;

J’ai vu parfois au fond d’un théatre banal

 

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,

Terrasser l’énorme Satan ;

Mais mon cœur, que jamais ne visite l’extase,

Est un théatre où l’on attend

Toujours, toujours en vain, l’Etre aux ailes de gaze !

 

CHANSON D’APRES MIDI ñ

 

QUOIQUE tes sourcils méchants

Te donnent un air étrange

Qui n’est pas celui d’un ange,

Sorcière aux yeux alléchants,

 

Je t’adore, ô ma frivole,

Ma terrible passion !

Avec la dévotion

Du prêtre pour son idole.

 

Le désert et la forêt

Embaument tres tresses rudes,

Ta tête a les attitudes

De l’énigme et du secret.

 

Sur ta chair le parfum rôde

Comme autour d’un encensoir ;

Tu charmes comme le soir,

Nymphe ténébreuse et chaude.

 

Ah ! les philtres les plus forts

Ne valent pas ta paresse,

Et tu connais la caresse

Qui fait revivre les morts !

 

Tes hanches sont amoureuses

De ton dos et de tes seins,

Et tu ravis les coussins

Par tes poses langoureuses.

 

Quelquefois, pour apaiser

Ta rage mystérieuse,

Tu prodigues, sérieuse,

La morsure et le baiser ;

 

Tu me déchires, ma brune,

Avec un rire moqueur,

Et puis tu mets sur mon cœur

Ton œil doux comme la lune.

 

Sous tes souliers de satin,

Sous tes charmants pieds de soie,

Moi, je mets ma grande joie,

Mon génie et mon destin,

 

Mon âme par toi guérie,

Par toi, lumière et couleur !

Explosion de chaleur

Dans ma noire Sibérie !

                                

LES LIENS ñ

 

http://baudelaire.zy-va.com

 

http://membres.lycos.fr/chx/baudelaire/

 

 

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